INTELLIGENCE ECONOMIQUE

ENJEUX DE L'INTELLIGENCE ECONOMIQUE :

L'effondrement du bloc communiste et la fin de l'affrontement entre les deux entités idéologiques dominantes marquent l'avènement d'une nouvelle géographie économique du monde. La dimension marchande et financière des activités économiques prend une importance inégalée et la pression concurrentielle internationale touche progressivement l'ensemble des secteurs d'activités. Désormais, les relations de coopération-concurrence se développent entre les nations, les blocs économiques (ALENA, Union européenne, Asie du Sud-Est), les régions et les entreprises au rythme de logiques complexes et parfois contradictoires. Dans ce contexte, l'efficacité stratégique des entreprises repose sur le déploiement de véritables dispositifs d'intelligence économique, leviers majeurs au service de la performance économique et de l'emploi.

L'intelligence économique devient un outil à part entière de connaissance et de compréhension permanente des réalités des marchés, des techniques et des modes de pensée des concurrents, de leurs cultures, de leurs intentions et capacités à les mettre en oeuvre. Elle se définit alors comme l'ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement, de distribution et de protection de l'information utile aux acteurs économiques, obtenue légalement.

DEFINITION :

L'Intelligence économique et concurrentielle (IEC) est un métier fédérateur de techniques éprouvées, anciennes ou modernes. Il a pour objet d'acquérir, de valider, de traiter de l'information (utile) pour la transformer en renseignement, en conseil ou en recommandation destinés à la prise de décision. Son objectif principal est de rendre plus "intelligentes" les entreprises engagées dans la compétition économique, nationale ou internationale. En juste reconnaissance, bien que tardive, d'une activité hautement professionnelle, M. Edouard Balladur, alors Premier ministre, décidait en avril 1995 la création d'un Comité pour la compétitivité et la sécurité économique (CCSE), directement attaché à Matignon, qualifié d'évènement aussi important pour la France que la décentralisation dont l'objet est la mise en place d'une pratique nationale de l'intelligence économique.
Depuis toujours chacun rêve, en effet, de posséder, juste à temps, comme atout décisif dans la confrontation commerciale ou dans la négociation, de connaissances que les autres n'ont pas ou, qu'au contraire, ils souhaiteraient garder secrètes. Voilà l'avantage concurrentiel que peut procurer la pratique professionnelle de l'IEC, laquelle implique la maîtrise d'une méthodologie et des moyens d'observation, d'acquisition et de traitement suffisants.

Le cœur de la méthodologie est l'expression des priorités stratégiques ou tactiques, le constat du déficit d'information à acquérir (ou l'identification de l'information à protéger) et l'établissement de consignes de veille ou d'action à mettre en application. Les moyens - informatiques et télécoms - sont ceux d'un processus logique de traitement de quantités variables de données et de connaissances utiles, connues, observées ou découvertes, internes ou externes, de leur interprétation, de leur valorisation, de leur synthèse et de leur communication juste à temps.Il est à noter d'ailleurs que les techniques employées en IEC se rapprochent de plus en plus de celles, globalisées et multiapplicatives utilisées dans l'acquisition des données, l'observation, la reconnaissance, l'élaboration de synthèses et leur transmission aux organes de décision, que ce soit dans le domaine militaire (connaissance du champ de bataille, guerre électronique, préparation de mission, C3I, etc...) ou dans le domaine civil (système d'information géographique, géomarketing, circulation routière, etc.). C'est sous cet aspect que doit être considéré l'IEC, discipline faisant appel à des experts, de forte culture pratiquant des langues étrangères et de haut niveau conceptuel, et non comme une panoplie de techniques d'acquisition d'informations par tous les moyens possibles.

L'INTELLIGENCE ÉCONOMIQUE DANS LE MONDE

Dans le contexte actuel de compétition économique mondiale, l'analyse des systèmes d'intelligence économique étrangers permet de comprendre pourquoi des économies de marché ont produit des systèmes de gestion stratégique de l'information plus performants que d'autres. L'intelligence économique s'est développée sur des bases historiques et culturelles selon des formes différentes en Allemagne, au Japon, aux États-Unis ou en Suède :

En ALLEMAGNE leur savoir-faire en gestion stratégique de l'information provient avant tout de l'essor historique du commerce de l'Allemagne à l'étranger. Aujourd'hui, les flux d'informations convergent vers un centre stratégique caractérisé par le maillage d'intérêts qui associent les banques, les grands groupes industriels et les sociétés d'assurances. Les syndicats allemands, grâce à leurs contacts extérieurs y sont très actifs dans la défense des intérêts économiques du pays. Le consensus sur la notion d'intérêt économique national constitue l'un des principaux atouts culturels de la performance économique allemande. Dans une même logique, les Japonais ont constitué leur appareil industriel et commercial sur la base d'un usage intensif de l'information économique au service de l'indépendance nationale. La compétitivité de l'économie japonaise repose sur une culture collective de l'information.

Au JAPON, le MITI (Ministère du Commerce International et de l'Industrie) est relayé par le JETRO (Japan External Trade Organization) qui dispose de plus d'une centaine de bureaux répartis dans plus de 60 pays pour promouvoir le Commerce, recueillir des informations et importer des technologies au JAPON. Le Japon présente cette caractéristique de posséder une culture dynamique du secret du partage de l'information, caractérisée par une vigilance en éveil. Après la défaite de 1945, le nouvel objectif national fut l'économie. Les Japonais ont développé ainsi des méthodes sophistiquées au service d'une stratégie à long terme et d'une réflexion prospective à dix, vingt et trente ans qui privilégie l'avenir et non le profit immédiat. De multiples organisations établies en réseaux sont dédiées à cette tâche : MITI (Ministry of International Trade and Industry), les services de renseignement, les fédérations comme KEINDAREN (organismes, banques, syndicats) ou NIKKEREIN (Patronat), et les sociétés de commerce (Sogososha).

Le Japon a mis en place une stratégie internationale de transfert de technologie : brevets, équipes, laboratoires, alliances, rachats de petites entreprises dans le but d'acquérir des équipes de recherche dynamique, grands programmes de recherche. Le Japon possède en sus une très grande force. La culture de l'information collective est enseignée, développée dès l'école. On constate ici une importante différence avec la France qui prône plutôt un esprit de compétition au détriment du travail d'équipe. Certaines personnes mettent en avant que seules les écoles de commerces tentent d'entraîner au travail de groupe. Le pays profite aussi de l'écran créé par sa langue et son écriture.

Aux ETATS-UNIS, leur économie dispose d'un système d'intelligence économique riche et diversifié. Mais à l'inverse d'autres pays, la logique qui la gouverne est essentiellement individuelle. Née de la politique des entreprises dans les années cinquante, l'intelligence économique aux Etats-Unis est longtemps demeurée l'outil de leurs rivalités concurrentielles sur le marché domestique. Le débat actuel relatif à l'élaboration d'une doctrine dite de sécurité économique pour la défense de l'industrie et de l'emploi américain atteste d'une évolution majeure vers une gestion collective "public-privé" de l'intérêt national. Les Etats-Unis disposent d'un maillage serré autour de l'existence de nombreuses bases de données et d'un appareil de lobbying efficace. Le Président Clinton a constitué un pôle fédéral puissant et opérationnel sur les questions économiques. Il s'est entouré de trois comités d'égales importances chargés de la Sécurité Nationale, de l'Economie et des Affaires Intérieures. Chacun de ses comités est composé de secrétaires d'Etat, d'une petite équipe de fonctionnaires et dirigés par un assistant du Président. La tâche de ces comités est de faire remonter l'information par tous les canaux de l'administration. Les Etats-Unis sont de plus en avance sur le plan technologique. Internet y est fortement développé et les entreprises l'utilisent abondamment alors qu'en France l'émulsion se fait tout juste. On ajoutera que ce pays possède un passé dans le domaine de l'intelligence, en témoigne la CIA. Cet organisme a même développé aujourd'hui un logiciel, utilisé par plus de 10 000 entreprises de par le monde, qui recherche automatiquement sur Internet des informations, les traite et les distribue aux départements intéressés. De la même manière que les Etats-Unis sont en avance technologiquement l'accès aux informations est plus aisé qu'en France. Par exemple, les bilans, résultats des sociétés qui sont disponibles en France moyennement paiement sont gratuits et sur internet sur le site Edgar.com pour toutes les sociétés cotées en bourse.

En SUEDE, la symbiose entre les entreprises et l'administration est illustrée par des réunions au niveau national, dont l'objectif vise à élaborer une stratégie de renseignement économique ouvert, au service de la performance de l'économie suédoise.

FRANCE : ATOUTS ET LACUNES

Malgré les initiatives développées par certains experts qui ont mis en avant l'importance de la veille stratégique, les efforts engagés ne bénéficient qu'aux entreprises sensibilisées dans les domaines en alerte, tels que par exemple l'aéronautique, les télécommunications et l'énergie, révélant la faible mobilisation d'une large partie du secteur manufacturier.

Deux freins majeurs s'opposent encore à une large diffusion de la pratique de l'intelligence économique. D'une part, les deux fonctions "informatives" clairement identifiées par les entreprises - la protection de leur patrimoine industriel et la veille technologique - attestent d'une conception partielle de l'intelligence économique.

En outre, cette veille axée sur l'innovation et la commercialisation des produits s'est développée au cours des deux dernières décennies dans les grands groupes, mais demeure balbutiante dans l'immense majorité des PME-PMI. D'autre part, l'ensemble des acteurs nationaux n'ont pas véritablement pris conscience que la compétitivité et la défense de l'emploi dépendent aussi de la gestion stratégique de l'information économique. Il en résulte une méconnaissance des mécanismes mis en oeuvre par les systèmes productifs offensifs, une évaluation floue des menaces et souvent un grave déficit d'ajustement stratégique. La perception des environnements complexes impose une révision des modes de réflexion et des comportements de l'ensemble des acteurs économiques. A cet égard, pour répondre à l'absence de réelle concertation entre les acteurs du dispositif français d'intelligence économique, ainsi qu'à la sous-utilisation de pôles nationaux de compétences, plusieurs orientations de fond paraissent nécessaires.· Les états-majors des groupes, comme les responsables de PME-PMI doivent désormais s'impliquer dans la mise en œuvre de l'intelligence économique et avant tout formuler clairement leurs orientations, leurs besoins d'informations élaborées. La création d'animateurs de la fonction d'intelligence économique dans l'entreprise doit accompagner la mise en place d'une organisation flexible fonctionnant en réseau, la sensibilisation et l'association des syndicats à l'ensemble de ces réformes devenant un gage d'efficacité.

LES RESULTATS :

Les actions prises apparaissent comme le meilleur moyen de juger de la valeur d'une activité d'intelligence économique. Une veille qui ne permettrait pas de guider les décisions du management n'aurait pas lieu d'être. L'efficacité de l'activité est quantifiable. Plusieurs indicateurs sont envisageables. L'évolution d'une part de marché en est une. Le changement de cette dernière à la suite d'une décision justifiée par une action de veille concurrentielle mettra en avant le bien fondé ou le mal fondé de l'outil, de l'organisation mis en place. D'une autre manière on peut raisonner en terme d'objectifs financiers, et d'objectifs de rentabilité. Globalement il semble plus appréciable de juger en terme de bénéfices produits par l'intelligence économique qu'en terme d'investissements consacrés à l'activité.

Voici à quoi peut mener une activité d'intelligence économique mal adaptée :

General Electrics a vu il y a de ça quelques années ses ventes de tubes à vide augmenter sensiblement. L'entreprise ne progressait en fait pas sur le marché. Car ce qu'elle mit du temps à relever c'est que tous ses concurrents se retiraient du marché pour se positionner sur le marché naissant des transistors. General Electrics a pu se remettre de cet échec mais une entreprise de taille moindre aurait probablement disparue.

A l'inverse nous pouvons citer l'exemple de Kodak qui grâce à sa veille économique à remporté un franc succès face à son rival Fuji : En effet, la société Kodak a pu découvrir grâce à son activité de veille qu'elle serait la date de lancement du "prêt à photographier" de Fuji aux États-Unis. La société a alors établi son planning de lancement en fonction de cette date et lança son produit la veille de Fuji. Ainsi d'une position de suiveur sur le marché, l'Américain Kodak est passé au rôle de précurseur.

Connaître le marché, ses fournisseurs potentiels et les futurs développements de produits nouveaux est en premier lieu l'objectif numéro 1 de toute entreprise.

Ne pas en prendre conscience serait un suicide à l'orée d'un XXIème siècle naissant.

"Rester dans l'ignorance de la situation de l'ennemi est le summum de la barbarie" déclarait le Chinois SUN TZU (Vème siècle avant J.- C.).
"Se faire battre est excusable , se faire surprendre est impardonnable" NAPOLEON

ACTUALITE JURIDIQUE

 

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